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Je fais dans l'alimentaire, ces derniers temps. Mais il faut bien nourrir son
homme, voyez-vous...
Quoi que, ce soir, la nourriture que je vous propose n'est pas
franchement à inscrire au Panthéon de la gastronomie.
N'empêche.
Je ne me voyais pas passer à côté du personnage publicitaire aussi
célèbre que Ronald Mcdonald.
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Un M jaune reconnaissable entre tous, comme
logo.
Un fond rouge (devenu vert, ces derniers temps), la marque est
devenue aussi universelle que Coca Cola.
Dans les deux cas, un bulldozer ricain qui tend de plus en plus à
uniformiser notre miam.
L'exception culinaire est en voie de
disparaître...
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Personnellement, je n'aime pas ce clown. D'abord parce que les
clowns, en règle général, m'ont plus terrifié qu'amusé.
Ensuite, parce que celui-ci fait encore plus faux jeton que ses
condisciples.
Là, par exemple, j'ai la nette impression qu'il tient un couteau dans
sa main droite, dissimulée derrière le mur...
Je crois bien que j'ai lu trop de Stephen King dans ma
jeunesse...
Autant vous prévenir, mais vous l'avez déjà deviné, le portrait de ce
soir sera nettement plus à charge qu'à décharge.
Mais cela ne signifie pas que l'on ne va pas s'amuser...
^^
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Ronald adore se déguiser.
Ronald adore se maquiller...
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Ronald est en fait une sorte de cuisinière
schizophrène, un brin hystérique, dont le goût prononcé pour les couleurs vives est particulièrement révélateur : Ronald est si peu sûre d'elle. Comme si elle avait
peur d'être déjà oubliée...
Alors elle crie, elle trépigne, elle (s') expose son M comme
un aime-moi ?
Sur tous les continents, elle crie son besoin impérieux d'être aimé.
Son territoire est aussi grand que celui d'Alexandre : le soleil ne se couche jamais totalement sur son empire...
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Sa quête, toujours plus grande, de reconnaissance la pousse à mille
extravagance !
Alors, elle soigne son apparence, pour se faire plus désirable. Ses
pommes de terre se font chic (deluxe potatoes...), ses gargottes sont des restaurants et non de simples fast food.
Déesse omniprésente (sur tous les continents), on peut la prier à
toute heure du jour et de la nuit...
Ceci est ma chair...
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Après avoir refait le monde, elle refait l'histoire
:
Ronald est vieille comme le monde... La preuve : dès
l'aube de l'humanité, nos ancêtres bénéficiaient déjà de ses bienfaits...
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Au fil du temps, comme autant de couches géologiques symbolisées par
ce hamburger, notre mémoire collective s'est imprégnée de sa présence comme une serviette en papier l'est de graisse une fois que vous avez essuyé dessus vos doigts
luisants de cette pesante nourriture.
Sorte de compression césarienne, ce bloc de bouffe coloré se
veut pluriel et divers, riche de promesses gustatives.
On est rassasié rien qu'en le voyant et, pourtant, après ingestion de
deux ou trois de ces... choses, l'appétit ne faiblit pas.
Paradoxe ?
Non, rappelez-vous ce que je vous ai dit, au début
:
Ronald n'aime pas se faire
oublier.
Ronald fait tout pour qu'on l'aime, encore,
encore.
Encore.
Quitte à ce que vous en creviez.
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Telle une drogue, la bouffe de Ronald se fait
insidieuse.
Ketchup, moutarde et mayo, sont autant de semences contenues
dans des petits sachets qui ne sont pas sans rappeler l'emballage de certains préservatifs.
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Ronald soigne ses accros - pardon ! - ses
clients comme une matrice généreuse et inépuisable.
Sa bouillie informe vous rend difforme.
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M pour Maître à présent.
Mais Ronald est votre amie aussi.
Du moins, c'est ce qu'elle essaye de vous faire croire en développant
une image gay friendly.
Cette travelote bariolée, jamais satisfaite, veut vous vider votre
porte-monnaie avec autant de rapidité qu'elle vous remplit l'estomac.
Mangez !
Dépensez !
Mais n'oubliez-pas de m'aimer
!
D'ailleurs...
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À force de se faire désirer, Ronald s'est fait prendre à son
propre piège... Imprévoyante, elle n'a pas su mesurer le culte grandissant que ses adeptes lui portaient...
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Ses admirateurs se sont mués en bêtes rustres et primaires,
éternellement insatiables.
Habitués à toujours plus, ils n'ont pu se satisfaire des
miettes que l'on voulait bien leur laisser.
Ils se sont enragés jusqu'à s'en prendre aux représentations divines
présentes dans chacun des lieux de culte.
Véritable fièvre iconoclaste, ce mouvement a pris de l'ampleur,
semant heurts, saccages et désordres dans l'univers aseptisé de la cantinière désolée.
Même les plus fidèles ont commencé à douter...
C'est dire si le mal était fait.
Le trône vacille, l'icône chancelle...
Va-t'on assister à un spectaculaire et salutaire revirement
?
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Pendant ce temps, la concurrence s'est organisée et
développée.
Ronald demandait à ce qu'on
l'M.
Son adversaire direct ira jusqu'à montrer son
Q.
Putassier au possible, il usera des mêmes stratagèmes
éculés.
Face à cette nouvelle offre, les consommateurs seront tentés d'aller
voir ailleurs, de partir.
C'en est trop pour Ronald qui se fait alors menaçant, voir carrément
agressif.
Il rogne sur les prix, il segmente son offre, il se
diversifie.
Mais il est de plus en plus contesté.
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Ronald sent qu'on le déteste
maintenant.
Il devient le symbole de la malbouffe, de l'impérialisme américain.
Il tente alors de donner une image de proximité - qui se soldera par un échec cuisant.
Décrié par ses fournisseurs, honni de ses employés, payés à coup de
lance-pierres, le clown deviendra écarlate de honte.
Il n'en mourra pas, non...
C'est qu'il a les reins solides !
Mais la période de gloire est derrière lui. Ronald
le sait.
Alors, il tente le tout pour le tout, essayant de changer son image
pour le moins écornée.
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Ronald s'adjoint un comparse répondant du doux nom
de Grimace.
Ce personnage secondaire, malgré sa bonhomie, sera un
échec.
Mais quelle idée aussi de lui avoir donné l'aspect d'un plug
géant !
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Autre idée qui s'est voulue géniale :
La happy meal.
Cette boîte était censée contenir un lot de surprises, en sus de la
nourriture commandée.
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J'avoue m'être laissé tenter, sur le coup, espérant ainsi compléter
ma collection de Barbapapas (je n'ai que Barbidou, le jaune et Barbabelle la violette).
Hélas, trois fois hélas...
En guise de cadeau, j'eus au moins la surprise de constater qu'à
l'intérieur de la boîte cartonnée se trouvait un être vivant...
Un Nainspirateur.
Inutile de préciser qu'après ça, je n'achèterai plus jamais de
boîte-à-joyeux repas.
Quoique qu'en y repensant...
Un Nainspirateur, ce doit être pratique pour aller sous les
meubles, non ? ^^
Suite à ce nouvel échec, comment allait réagir
Ronald ?
Allait-il relever sa tête chevelue ou bien pleurer à larmes chaudes,
risquant de faire couler son maquillage de courtisane ?
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Ronald décida de jouer sa dernière
carte.
Il ravala sa honte et s'abaissa un peu plus, tel un dieu
déchu.
Il prit ainsi l'habitude de baisser l'échine et de tendre la
croupe.
Catin dévoyée de la pire espèce, il se mit à faire le trottoir,
enrichissant sa clientèle de quelques clodos édentés et avinés.
Oh... Ronnie...
Comment es-tu tombé si bas ?
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Bien entendu, pareil manège ne pouvait perdurer éternellement
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De plus en plus provoquant, son comportement scandaleux heurta de
plus en plus de consciences qui, sous le couvert d'une pudibonderie sans doute exagérée, décidèrent de l'ignorer purement et simplement dans un premier temps.
Malheureusement, sous l'empire de la drogue et de l'alcool,
Ronald se marginalisa chaque jour davantage jusqu'à être finalement arrêté pour comportement inapproprié sur la voie publique.
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Beaucoup de sprite a coulé sous les ponts depuis
lors.
Ronald est finalement sorti de prison,
mais...
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Voilà, j'en ai terminé avec ce nouveau personnage publicitaire
!
Pour ceux d'entre vous qui se demandent ce que j'ai bien pu faire de
mon Nainspirateur, je tiens à vous rassurer :
D'abord, vous avez pu constater, ce soir, qu'il était en pleine forme
à la télé.
Ensuite, je trouve que, finalement, il n'est pas si mal, lorsqu'il
est tout nu !
^^
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J'espère que vous n'aurez pas trouvé cet article trop indigeste
!
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Fils@Papa
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Père-TINENT